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Interview dans BRETAGNE Actuelle

Pascal Lamour : « On est un peu trop gentil en Bretagne ! »
Son nom de scène est à lui seul une vraie promesse : Electro-Shaman. Ce Docteur en pharmacie n’en finit pas de réinventer sa Bretagne. Entre deux voyages, un album d’électro Trad et un ouvrage sur le druidisme, le vannetais Pascal Lamour a accepté de répondre à nos questions.

Tout d’abord Pascal Lamour, écrivain ou musicien ?
Pascal Lamour : Les deux ! Même si ce qui m’occupe en ce moment c’est la sortie de mon second ouvrage chez Glénat « Druiz », la prophétie perdue ». Autrement, je passe mon temps entre la musique et l’écriture, et dans les deux cas j’essaye de marier tradition et modernité. Car ma musique est un mélange de trad’, d’électro et d’ésotérisme.

Le plus étonnant peut-être, est que vous êtes Docteur en Pharmacie !
P. L. : Je suis né dans une famille de guérisseur, de gens passionnés par la musique traditionnelle. Rapidement je me suis demandé si d’un point de vue scientifique il était possible de vérifier ces connaissances. J’ai donc fait une fac de pharmacie, celle de Rennes. Ce qui m’a permis de m’installer comme pharmacien à Vannes et d’exercer pendant 14 ans. Côté musique, mon grand père était aussi sonneur. C’est comme ça que je me suis intéressé à notre répertoire. Bref, avec le temps, je suis devenu sonneur à mon tour, j’ai appris le breton comme mes grands parents et je me suis demandé comment faire avancer tout ça. Je suis donc entré au conservatoire. J’ai eu la même démarche que pour la science en voulant creuser la question. C’était en 1978 / 1979, à l’époque où les premiers ordinateurs Atari arrivaient. Rapidement, je me suis rendu compte qu’avec un ordinateur on pouvait avoir un orchestre à sa disposition. C’était le début de la musique électronique. C’était compliqué et ça ne marchait pas toujours bien. Mais c’est comme ça que j’ai développé ma musique électro tout en l’associant à la musique traditionnelle bretonne.
Ce qui ne m’a nullement empêché de me pencher sur d’autres musiques comme le reggae, le funk, le rock, le blues, etc. Etant étudiant, je me suis rendu à l’évidence : jouer du biniou dans une résidence universitaire, ce n’est pas évident. De là j’ai appris la guitare. En plus, c’était la grande époque de la New Wave à Rennes avec Les Nus, Marquis de Sade et les autres. J’ai donc joué à mon tour dans un groupe, Marie Patch, l’anagramme de Paris Match. J’ai toujours les enregistrements que je devrais exhumer un jour… Bref de fil en aiguille je suis passé des salles de répétition au live, de la New Wave à l’électro sous influence bretonne. Ce n’est qu’en 2000 que j’ai cessé d’être apothicaire en ne faisant que de la musique pendant 10 ans. Ensuite j’ai marié les plaisirs en écrivant puisque j’ai signé à la demande des éditions Glénat pour deux bouquins, avec l’illustrateur Brucero et d’autres à venir sûrement.

Quels thèmes abordent vos ouvrages ?
P. L. : Mon premier livre s’appelle « A la recherche de la Mandragore » et parle de la médecine traditionnelle et le second s’intitule « « Druiz », la prophétie perdue », un roman graphique qui aborde le druidisme et l’histoire de la Bretagne.

Vous faites vivre la culture bretonne au quotidien. Comment voyez-vous son avenir ?
P. L. : Ce qui se passe en ce moment est incroyable. Dans les années 70, je me suis battu pour l’indépendance de la Bretagne - qu’on a jamais eue - et aujourd’hui on est obligé de manifester pour demander que le cinquième département soit rattaché à notre pays. On est un peu trop gentil en Bretagne ! Quand je vois comment la Catalogne développe sa région d’un point de vue politique et économique, je me dis que la Bretagne n’est pas assez dynamique. Et c’est parfois de notre faute. Je m’explique : quand je fais une émission en breton à la TV ou à la radio, il n’est pas rare que je reçoive « une lettre recommandée » contenant des propos incendiaires parce que j’aurais fait une faute de mutation en breton ! Malheureusement, ce genre de comportement bloque l’évolution de la langue. Dans la culture, tout le monde juge tout le monde. « Deux bretons une association, trois bretons, deux associations » comme dit l’adage. Et c’est dommage.
Quand on regarde l’histoire de la Bretagne, et j’en parle dans « Druiz », l’Europe était celtique avant l’invasion romaine. Et maintenant la Bretagne est exclue de la pensée européenne. Il faut que nous, Bretons, fassions attention à ne pas nous bloquer nous-mêmes. Si quelqu’un parle mal breton, s’il joue mal de la musique, ce n’est pas grave. S’il cherche à avancer, il faut l’aider.

Vous faîtes le même constat en politique ?
P. L. : Actuellement, des hommes politiques bretons sont au gouvernement. Et je suis franchement déçu ! A tel point que je me demande parfois si les Bretons veulent que la Bretagne soit la Bretagne ! S’ils le souhaitent vraiment, qu’ils s’en donnent les moyens ! Je suis un fédéraliste européen, je tiens à l’indépendance de la Bretagne, mais dans un cadre européen. On nous a imposé une constitution européenne, alors qu’on la mette en œuvre ! Pourquoi toujours en référer à Paris ? Pour l’instant, tout ce que la France a fait pour la Bretagne, c’est de lui enlever son histoire, sa capitale.

Vous exercez pleinement votre liberté d’expression. Comment avez-vous vécu l’affaire « Charly Hebdo » ?
P. L. : De manière étonnante. J’étais au Brésil. J’ai découvert ces événements à l’aéroport de São Paulo où j’ai vu un écran géant avec François Hollande et un corps par terre et je me suis demandé ce qui arrivait ! Par mail, j’ai échangé avec des amis de France et de Bretagne. Et j’ai compris qu’il se passait quelque chose de terrible, un traumatisme. L’avantage, si l’on peut dire, c’est que n’ayant pu réagir à chaud, j’ai pris un certain recul. J’ai juste mis un petit mot sur mon Facebook où je constatais que, si l’on pouvait mourir pour des idées, certaines idées tuent également. Là on ne parle plus de Bretagne, de France ou d’Europe. Pour survivre et développer un mode de pensée propre, les hommes ont besoin d’humour, de culture et de contestation. Avec ces attentats, la confrontation est impossible. Nos hommes politiques doivent comprendre qu’il ne s’agit pas uniquement d’un problème politique. Il s’agit de mouvements en recherche de culture, d’existentialisme au sens existentiel. Comme expliquait René Guénon, les peuples contemporains font trois confusions : ils confondent la science et l’industrie, la chimie et l’alchimie et la philosophie et la mystique. En d’autres termes, il affirme qu’en complément d’un pouvoir politique et d’un pouvoir guerrier, il faut créer l’équilibre avec un pouvoir spirituel. Aujourd’hui, on constate que le principe religieux prend trop d’importance au détriment de la pensée philosophique qui ne trouve plus sa place pour animer le débat. Et ce débat n’a pas lieu. En face, il n’y a qu’un monde matériel qui laisse trop de place aux extrémismes.

Propos recueillis par Hervé Devallan